Extramural exhibition

Gagner le nord

Jérémie Setton

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Carton d'invitation exposition Gagner le nord, Jérémie Setton ©Amiens Métropole

On vous donne rendez-vous au vernissage de l'exposition le vendredi 2 octobre à 18h à l'Espace Totem d'Amiens Métropole (parvis de la Cathédrale).

« Cette exposition de Jérémie Setton à l’Espace Totem, dans le cadre des résidences croisées entre Amiens et Marseille, sonne comme une invitation au voyage. Un voyage singulier, qui emprunte des chemins peuplés d’images diaphanes, composant des paysages métaphoriques, mémoriels, indicibles et inexplorés.

Pour Jérémie Setton, fort de sa double formation de plasticien et conservateur-restaurateur, regarder, écouter et révéler devient un acte d’attention et de soin. Son atlas d’images est composé d’univers visuels polyphoniques, protéiformes et parfois énigmatiques. Autant d’œuvres aux énoncés protocolaires explorant les phénomènes d’apparition et de disparition, dont il nous révèle le sens profond avec rigueur et retenue.

Avec inventivité, l’artiste nous invite patiemment à déchiffrer le silence apparent des images qu’il fabrique. Un silence chargé de présences invisibles, de souvenirs personnels, familiaux et universels à la fois. Ces invisibles, au-delà des individus, peuvent être des paysages, des langues, des témoignages des histoires minorées, oubliées. Ils ressurgissent comme autant de palimpsestes, explorant les survivances, les récits continus ou interrompus, les temporalités non linéaires. Ainsi, des flux incessants d’images s’hybrident, s’incarnent dans différents médiums, usant de processus créatifs et de protocoles finement élaborés.

Jérémie Setton explore ce qui se tient au seuil de la perception ; le presque-effacé, l’enfoui, le latent, l’oublié. Il y a des foules que l’on ne voit pas, des corps absents, des mémoires qui restent dans des zones d’ombre, dans les marges de nos mondes, dans la périphérie de la vision.

Les notions de disparition, de résurgence, de fragment et d’empreinte construisent un univers de formes où se mêlent grande (et petites) histoire(s), vécus individuels et collectifs. Ces flux de signifiants et d’indices visuels opèrent des déplacements où il est question de rythmes, de mouvements et de migrations.

Jérémie Setton a cette capacité rare à expérimenter et hybrider à la fois ses gestes et ses matériaux dans une alchimie de formes et de traces qui fait de ses œuvres – peintures, vidéos, dessins et installations – de véritables sismographies poétiques. Il incarne, dans sa démarche, la réflexion de Lamartine, selon lequel voyager, c’est traduire : « traduire à l’œil, à la pensée, à l’âme du lecteur, les lieux, les couleurs, les impressions, les sentiments que la nature ou les monuments humains donnent au voyageur ».

Ici, les images voyagent d’un siècle à l’autre, d’une civilisation à une autre. Mais ce sont également nos regards qui voyagent, qui s’échangent et fabriquent de nouveaux récits. « On invente qu’en approfondissant ce qui a été fait, en lui trouvant de nouvelles certitudes », disait Michel Seuphor.

Jérémie Setton est un formidable conteur, qui sait comme nul autre nous entraîner dans des expériences singulières, abolissant toute frontière. Véritable archéologue des temps passés, présents et futurs, il est toujours en mouvement, à l’affût. »

Pascal Neveux, directeur du Frac Picardie

Photo de couverture : Passe à poisson (en somme), 2026, Trace sur velours ©Jérémie Setton